Les chroniques d'Olivier - Jeudi 12 janvier 2017
ARAMON / GRANS (Pro Elite)... LE BILAN SPORTIF !
Après avoir longuement échangé en 2016 avec Sernin Pitois et Jean-Michel Pignal pour des chroniques en grand format, c’est vers Saint-Rémy de Provence que je suis parti pour parler avec Luc Laguerre du début de saison de son équipe Pro Elite d’Aramon et plus globalement de son expérience de coach, que ce soit avec l’équipe de France ou avec des jeunes en Provence... Cap vers les Alpilles, balayées les jours précédents par le mistral, sous un grand soleil et par un grand froid sec.
Luc Laguerre a d’abord tenu à souhaiter, à tous les lecteurs de horse-ball.org ses meilleurs vœux avant de basculer tout de suite sur le début de saison de sa formation : "Le bilan sportif d'Aramon se résume à 2 victoires et 4 défaites dont 1 bonifiée sur 6 matches. Compte tenu de notre postulat de départ qui est de viser le maintien et de l’assurer le plus tôt possible, c'est "correct moins" : je nous mets un petit 11/20... Sportivement, on ne parvient pas, ou peu, à mettre en place les choses qu'on travaille à l'entraînement mais c'est logique, il nous faut un peu plus de temps". J’essaie de comprendre si le coach Aramonais a tout de même noté des réussites : "Non, ce que j'aurais envie d'appeler une réussite, c'est-à-dire une vraie évolution collective de notre jeu, est pour le moment trop absent de nos prestations. Quant aux déceptions, je parlerais de la première mi-temps contre Mash qui était à vomir".
Luc Laguerre
On sent immédiatement dans les propos de Luc qu’il s’est engagé dans un chantier qui prendra du temps et de l’énergie pour essayer de construire quelque chose de neuf et positif avec un groupe qu’il coache depuis septembre. Mais le coach n’est pas parti dans cette aventure ex-nihilo : "Il faut replacer les choses dans leur contexte car les apparences sont parfois trompeuses. J'ai coaché Arles de 2011 à 2016 mais en 2011, il s'agissait d'une entente Arles-Aramon... Je fais partie de l'association du Horse Ball d'Aramon depuis sa création en 1993 et je ne l'ai jamais quittée. En 2011, Merlin, Mirales et Mazas étaient déjà au club avec Gonnet : ce sont des garçons que je connais depuis qu'ils ont débuté à shetland... Je connais leurs parents, leur famille et vice-versa... Je les ai déjà entrainés : les présentations sont donc faites depuis longtemps... Le groupe a aussi changé cet été avec deux départs, la création de l'entente avec Grans et le retour au club de Mathieu Laguerre. En cela, c'est donc aussi un contexte différent". Luc m’explique alors comment il a engagé le travail avec ses joueurs : "Je connaissais le travail effectué par Bertrand Leclercq et à partir de là, on a fait un état des lieux et on essaie de créer un canevas où chacun pourra apporter le meilleur de lui-même...".
Le coach s’interrompt quelques instants et constate : "Cela, c'est la théorie et comme chacun sait, en théorie : tout se passe bien...". Je laisse l’homme préciser ce qu’il entend par là : "Le début de saison est compliqué et toute la saison risque de l'être, je m'y attendais. L'objectif reste le maintien, le maintien acquis le plus tôt possible. Avec l'effectif de cette année, je pense qu'on peut viser la septième place mais la blessure de Mathieu Laguerre ne nous rend pas forcément service. Le noyau d'anciens d'Aramon qui composent majoritairement le groupe a trop "l'habitude de perdre" ! La gagne, la vraie, ils n'en connaissent pas la saveur et cela se voit, cela se sent. Mon rôle, c'est d'essayer de créer un socle commun qui nous aide à gagner quelques matches et qui change l'état d'esprit. On y travaille ensemble. C'est long et fastidieux, cela demande beaucoup d'efforts car c'est dans la tête que cela se passe". Les mots du coach mettent en lumière son obstination à ne rien lâcher : "Mon discours est simple, voire simpliste, je le dis, le redis, le re-redis… le hurle parfois… Mais je pense que les gars ont de toutes petites oreilles, on dirait qu'ils ne m'entendent pas toujours mais je suis tenace, je vais insister...".
Au-delà de la culture de la gagne qu’il cherche à instaurer chez ses cavaliers, j’interroge Luc Laguerre sur le jeu qu’il cherche à mettre en œuvre avec son groupe : "C’est quelque chose de très simple. La base, c'est :
. la maîtrise des phases de jeu arrêtées, touches et pénalités
. la défense, bien comprise par chacun avec la capacité à s'adapter à l'adversaire
. l'animation offensive qui consiste à faire évoluer la balle dans des espaces libres de manière à faire bouger les défenses et ensuite accélérer dans les espaces créés.
Le tout étant de permettre à chacun d’avoir un maximum d'autonomie pour développer une vraie capacité d'adaptation et de trouver sa place dans un tel schéma, en y étant à l’aise et en y prenant du plaisir".
Luc enchaîne sans que j’aie besoin de l’inciter, l’homme ayant le verbe facile des gens passionnées quand il parle du jeu et des hommes qui le font : "Pour moi, le HB doit rester un jeu, au sens ludique du terme. Mais bien évidemment, la compétition vient enlever pas mal de romantisme dans tout cela. Mon discours tourne donc aussi autour de la performance et du réalisme. Mon dada, c'est la technique individuelle sous deux aspects : la qualité équestre mais aussi la maîtrise des trois gestes de base de la discipline que sont la passe, le tir et le ramassage".
Et pour être efficace dans son rôle, le coach évoque de nouveau l’obstination qui est la sienne : "J'ai besoin que les joueurs adhérent à un projet. Aussi simple soit le projet, une fois qu'ils m'ont dit oui... Je ne les lâche plus". Un type de management qu’il avoue avoir fait évoluer avec l’expérience : "Au début, j'ai coaché de manière instinctive, à la façon dont j'aurais aimé l'être du temps où je jouais. Ensuite, je me suis rendu compte que je devais être au service du groupe et que, parfois, mon influence était nulle voire même néfaste… Je me suis alors qu'il fallait essayer de mettre au mieux en musique le talent que les joueurs mettent à la disposition de l'équipe. Pour cela, je me suis inspiré de ce que j'ai pu lire sur les gens que j'admire dans le sport : Noves, Onesta, Ferguson... Mais sans prétention évidemment car nous ne sommes pas soumis aux mêmes pressions et pour le jeu, je pense qu'on en est à la préhistoire en ne s'entraînant que trente fois par an : on peut ne pas prétendre à faire des choses trop alambiquées..."
A cet instant, je repense à ma chronique sur le management selon Sir Alex Ferguson et vois aussi en Luc Laguerre le coach qui dirige certaines équipes jeunes d’Aramon et des Elfes : j’évoque avec lui le premier principe de management du coach de Manchester United : s’appuyer sur la jeunesse en lui faisant confiance et la faisant monter en compétences. Luc me répond avec un sourire dans la voix : "Sir Alex en connaît un rayon et on peut l'écouter !", avant de préciser sa vision… "Le bémol est que le HB est un sport amateur et un sport amateur qui coûte très cher ! On ne peut donc pas toujours manager nos équipes comme des équipes des sports professionnels : par exemple, il est compliqué de faire traverser la France plusieurs fois par saison à ses frais à un joueur et ne pas lui accorder de temps de jeu... On est forcément obligé de composer un peu avec cela aussi". Le coach me confie même en riant : "J'aimerais avoir quatorze joueurs disponibles pour deux équipes, à l'entraînement tous les jours sur deux séances avec potentiellement trois chevaux chacun au travail et pouvoir laisser des gens sur le banc pour négligence, méforme ou autre... mais on en est très loin !". Puis revient plus sérieusement à ma question : "Sinon, oui, je suis tout à fait d'accord pour intégrer des jeunes... à partir du moment où ils ont du talent et où ils respectent les règles de vie. Avec les jeunes comme avec les seniors, le plus difficile, c'est de réussir les choses simples ! Mes obsessions avec les jeunes le sont aussi :
. leur donner le goût de l'équitation, leur apprendre à écouter les bruits du moteur pour paraphraser un ami qui se reconnaîtra
. la technique individuelle : les appuis, la prise de balle, les sensations...
. le jeu et l'esprit du jeu
. l'état d'esprit : le bien vivre en groupe, l'altruisme mais aussi l'exigence, le courage, le travail, l'honnêteté, l'humilité... Tellement de valeurs liées au sport collectif... et j'en oublie !"
Je ferme la parenthèse des jeunes et de l’inspiration Ferguson pour revenir plus globalement au début du championnat Pro Elite 2016/2017. Luc tranche immédiatement : "Ce début de championnat me laisse perplexe !". Avant de se lancer dans une rapide revue : "Les formations comme Chambly et Bordeaux, que l'on attendait au-dessus du lot avec des éléments de jeu bien en place et un statut à assumer, se sont fait surprendre et peinent à installer un niveau d'exigence digne de ce nom. Agon a du mal à enchaîner les bonnes performances : on a l'impression que les Roses sont branchés sur un courant alternatif et plafonnent un peu, me semble-t-il. Mash a un jeu atypique, très opportuniste ou l'on reconnaît la patte du basketteur Jean-Michel Pignal avec son lot d'écrans et de leurres. À mon goût, cela joue trop à une main, n'est pas Johann qui veut… Lille et Angers surprennent avec de la "grinta" et quelques exploits individuels mais s’ils veulent jouer le podium, il leur faudra trouver un fond de jeu plus consistant. Les autres équipes, Aramon, Rouen, Ouest Lyon et Bellegarde, sont brouillonnes et manquent de maîtrise. Je ne vais peut-être pas me faire que des amis mais je reste sur ma faim : on n'a pas l'impression que la saison ait vraiment décollé et on s'ennuie un peu dans les tribunes…"
En écoutant Luc, j’ose une question : est-ce que Arles HCC, l’équipe qu’il coachait encore en juin dernier et des joueurs phares comme Florian Moschkowitz, Benoît Lévêque et Mikel Le Gall ne manqueraient pas à notre championnat ? L’Aramonais me glisse : "Dans le contexte de ce début de saison, c'est sûr qu'une équipe du calibre d'Arles manque un peu. Entre 2011 et 2016, ce sont 4 titres de champion Pro Elite, une deuxième et une troisième place… Avec souvent, un jeu agréable à voir. Et techniquement, c'était solide… Mais est-ce qu'on manque aux autres ? Je ne sais pas… Je ne suis pas le plus objectif pour répondre à cette question. Personnellement, j'ai tourné la page cet été quand j’ai décidé de m’investir dans l’aventure avec Aramon. Quant à la retraite de Florian, Benoît et Mikel, c'est leur choix, il faut l'accepter, ils s'arrêtent en étant au top : c'est la classe mais je suis convaincu qu'ils en avaient encore sous la pédale… C'est dommage pour le niveau général de la discipline car ils étaient tout de même des éléments moteurs dans des équipes du haut du tableau mais c'est comme cela : place aux jeunes, c’est à eux de relever le défi !".
Un défi à relever dans le championnat mais aussi en équipe de France dont le calendrier vient de tomber, un défi que Luc espère aussi relever avec impatience : "Il va effectivement falloir intégrer des nouveaux avec le départ de 3 ou 4 cadres. Il me tarde d'y être pour commencer une nouvelle aventure car les Espagnols nous attendent de pied ferme ! Je prends énormément de plaisir à travailler avec les équipes de France. J'aimerais que tout cela continue !".
La transition est alors toute faite avec ce que l’on peut souhaiter plus globalement à l’Aramonais en ce début de nouvelle année… Luc n’hésite pas : "Pour Aramon, le maintien avec un déclic à la clef ! Pour les équipes de jeunes que j’encadre, une belle aventure avec une belle médaille au Grand Tournoi à Lamotte ! Et pour moi, horse-ballistiquement, se référer aux 2 précédents souhaits...".
Le coach s’interrompt alors quelques instants, semblant comme réfléchir à la conclusion de notre discussion du jour… Puis me confie : "Le Horse-Ball prend beaucoup de place dans ma vie depuis le milieu des années 80, soit quelques années... Pour moi, c'est une histoire de famille, d'amitiés et ce, depuis très longtemps. Ceux qui me connaissent savent l'importance que j'y accorde. Avec Christine, on fait le maximum et on bosse beaucoup : pour nos filles, notre club, nos chevaux… On s'ennuie rarement ! Les liens qui nous unissent avec la famille Dubois nous ont conduits à mener des projets communs autour de nos enfants et parfois autour d'une bouteille de vin ou… deux… Nous essayons de transmettre notre vision de la discipline et de nous rapprocher des gens qui ont les mêmes envies et les mêmes objectifs que nous… Travailler, écouter, proposer, partager. Un vœu pour 2017 ? C’est donc de continuer ce que l'on a commencé il y a déjà quelques années et, si on peut l'améliorer, on ne va pas se gêner !".
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Olivier Leschiera a découvert le horse ball grâce à ses deux filles qui le pratiquent à Montéclin (Ile de France). Grand amateur de sport en général mais non-cavalier, il s'est épris de cette discipline et a à coeur de partager sa passion, soit en commentant régulièrement des matches (il est l'un des speakers sur l'évènement "Jardy - Horse Ball"), soit en écrivant, notamment sur la page Facebook de la HB little family qu'il a créée en ce sens. |